Appelé également ourson d’eau, le tardigrade est un petit bibendum miniature (d’environ 0,5 mm), que l’on peut trouver dans les mousses et lichens dont il se nourrit. Il a été décrit par les naturalistes dès le 18ème siècle, mais c’est surtout depuis une petite dizaine d’années qu’il fait la joie des amateur·rice·s de science amusante et de bestioles étonnantes. Il faut dire aussi qu’il y a de quoi. Cet animal qui ne ressemble à aucun autre et dont il existe près d’un millier d’espèces appartient au club très spécial des extrémophiles, ces organismes capables de survivre dans des environnements à faire hurler de terreur les aventurier·e·s les plus chevronné·e·s (#RepÀÇa Indiana Jones et Lara Croft).

Dans le cas du tardigrade on a d’ores et déjà pu tester ses capacités de résistance :

  • Au vide,
  • Au froid (dans de l’hélium liquide à moins 272°C, soit près du zéro absolu),
  • À la chaleur (jusqu’à 150°C),
  • À la pression,
  • Aux radiations,
  • À la dessiccation,
  • À l’absence d’eau et de nourriture
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Le tardigrade résiste à tout, mais quel est donc son secret ? (image par Anne-Marine Mauviel)

Histoire de mettre à l’épreuve les talents de ce survivor de compétition, des équipes de recherche sont même allées jusqu’à l’envoyer dans l’espace, où notre ourson de poche a été exposé au vide spatial et à des radiations (UV-A et/ou UV-B) près de mille fois supérieures à ce que nous recevons à la surface de la Terre. Pour résister à de telles conditions, le tardigrade va se dessécher et se racornir, jusqu’à entrer en anhydrobiose, un état de vie ralentie où le métabolisme est à l’arrêt et où le tardigrade devient quasi-indestructible.

Or il semblerait que le secret des super-pouvoirs du tardigrade réside en partie dans ses protéines pas comme les autres. En effet, le génome du tardigrade est composé à plus de 40% de protéines que l’on ne trouve dans aucun autre organisme et qui n’appartiennent donc qu’à lui. Dans le lot, certaines sont soupçonnées de protéger son ADN contre les dégâts causés par les radiations, tandis que d’autres vont lui permettre de survivre à la dessiccation et leur fonctionnement a été élucidé il y a peu.

L’eau est le solvant naturel de la plupart des protéines (exception faite de celles qui sont insérées dans une membrane lipidique). En son absence, les protéines vont se dégrader, perdre leur structure native, voire même s’agréger, et ce de manière irréversible. Mais super-ourson, lui, possède un jeu de protéines bien particulières, qui sont formées chacune d’une chaîne désordonnée, et dont les extrémités ont tendance à se coller les unes aux autres. En cas de dessiccation, ces protéines seront exprimées en grande quantité dans les cellules, et en s’associant vont former un gel protecteur qui va englober les autres protéines comme dans un petit coussin moelleux. Ce cocon va alors leur éviter de s’agréger, et leur permettre de conserver leur structure native dans des conditions extrêmes en attendant sagement des jours meilleurs et mieux hydratés.

Alors, si un jour vous tombez sur un tardigrade desséché, peut-être qu’il suffira d’un petit bisous baveux pour le réveiller !

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La protéine au gel dormant : La légende raconte que dans les vieux tardigrades desséchés, les protéines dorment paisiblement dans leur gel protecteur en attendant la goutte d’eau providentielle qui viendra les ramener à la vie. (image de Natacha Gillet)