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Le ricin (Ricinus communis) est un arbrisseau originaire d’Afrique tropicale, mais qui est désormais cultivé tout autour du monde comme plante ornementale. L’huile qui est extraite par pression de ses graines a été utilisée dès l’antiquité comme combustible dans les lampes et pour la fabrication des savons. Mais il s’agit surtout d’une purgatif violent, qui a traumatisé des générations d’enfants, auxquels une cuillère (ou plus) d’huile de ricin était administrée en guise de punition. De nos jours cette huile reste produite pour de nombreux usages industriels, comme la préparation de lubrifiants, de peintures ou de produits cosmétiques, mais il n’est plus question de l’avaler, ouf !

Le ricin produit également une protéine, la ricine, qui s’avère être un poison extrêmement violent. La ricine est une lectine, c’est à dire une protéine capable de se fixer à des sucres, composée de deux domaines, la chaîne A et la chaîne B, qui sont reliées entre elles par un pont disulfure. Sa toxicité provient de l’action concertée des deux entités, une stratégie que l’on retrouve chez plusieurs toxines, comme par exemple celles produites par le choléra. La chaîne B va se lier aux sucres présents sur la membrane cellulaire et permettre à la protéine de rentrer dans la cellule. Une fois arrivée dans le cytoplasme, le pont disulfure se rompt, libérant alors la chaîne A, qui va elle attaquer les ribosomes. Ce domaine catalyse en effet la rupture d’une liaison chimique qui va entraîner la perte d’une adénine, ce qui suffit a mettre hors service la molécule de ribosome touchée. Une seule chaîne A de ricine peut ainsi inactiver 1500 ribosomes par minute, entraînant alors la mort de la cellule, qui est désormais incapable de produire de nouvelles molécules. D’autres plantes, comme l’orge, produisent également des protéines similaires à la chaîne A, mais celles-ci étant dépourvues du domaine leur permettant de pénétrer dans la cellule, elles sont dénuées de toxicité.

Fort heureusement pour les chenapans d’antan, une huile de ricin correctement chauffée (lors de l’extraction) et purifiée ne contient plus de ricine. Celle-ci est particulièrement toxique par inhalation, injection, un peu moins par ingestion, où elle sera en partie détruites par les enzymes digestives. Les premiers symptomes apparaissent quelques heures après l’exposition et aboutissent au décès de la personne empoisonnée en trois à cinq jours.

Ce poison est particulièrement connu pour avoir été utilisé en 1978 par les services secrets bulgares (aidés du KGB) pour l’asassinat de l’écrivain et dissident politique Georgi Markov. Alors que celui-ci s’était installé à Londres, un agent bulgare se servit d’un parapluie trafiqué pour lui injecter dans le mollet un petit projectile enduit de ricine, causant sa mort par empoisonnement trois jours plus tard… De nos jours la ricine reste une arme potentielle pour les attaques terroristes, du fait de sa toxicité et de sa facilité de production à partir du ricin. Des lettres empoisonnées à la ricine ont ainsi été envoyées au Maire de New-York Michael Bloomberg et au Président Obama en 2013.

Cette protéine a également fait parler d’elle sur petit écran, puisqu’elle joue un rôle important dans la série Breaking Bad, où Walter White va la produire et l’utiliser pour éliminer certains de ces adversaire. Décidément, la ricine est un peu le super méchant des protéines !

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Mais une histoire de super méchant ne saurait être complète sans rédemption finale, et notre protéine ne fait pas exception à la règle. Aujourd’hui les chercheur·se·s se penchent sur des usages thérapeutiques potentiels de notre tueuse de choc. Une possibilité serait de greffer sa chaîne A sur un anticorps capable de cibler spécifiquement les cellules cancéreuse, en fabriquant ainsi une immunotoxine, ce qui pourrait servir à attaquer des tumeurs de manière ciblée. L’autre option serait d’exploiter les chaînes B pour faire pénétrer des substances actives dans la cellule. Quoi qu’il en soit, seul l’avenir nous dira si la ricine va réussir à se refaire une réputation…