L’hémagglutinine est une grosse protéine allongée que l’on rencontre à la surface du virus de la grippe. Il s’agit d’une protéine antigénique, c’est à dire qu’elle induit une réponse immunitaire de la part des organismes où elle est introduite (cf. le billet précédent sur les anticorps). Elle se trouve en effet à la surface du virus, et lui permet de se fixer aux cellules cibles. Une fois l’amarrage réalisé, l’hémagglutinine va aider à la fusion entre les membranes virale et cellulaire. Le matériel génétique du virus sera alors injecté dans la cellule hôte où il pourra utiliser la machinerie cellulaire pour se reproduire. Pour passer à l’abordage elle dispose de peptides de fusion, qui forment comme un trident d’hélices α qui vont s’enfoncer dans la membrane cellulaire et permettre la fixation du virus à la cellule attaquée.

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Chaque hiver, les hémagglutinines reviennent semer la terreur dans notre organisme.

L’hémagglutinine a été ainsi nommée car elle entraîne l’agglomération de globules rouges (les hématies) à la surface du virus. Chaque virus de la grippe est caractérisé par le type d’hémagglutinines qu’il porte fixées à sa membrane. On connaît actuellement plus d’une quinzaine de variétés (numérotées de H1 à H16), les trois premières correspondant aux souches de la grippe humaine. Quand on désigne un virus de la grippe avec un code de type H1N1, on fait donc référence à la variété d’hémagglutinine qu’il emploie pour attaquer les cellules.

Et le N me direz-vous ?

Et bien celui-ci fait référence à une autre protéine, la neuraminidase. Cette complice de l’hémagglutinine se trouve également à la surface du virus, et va lui permettre de se détacher de la cellule infectée une fois son méfait accompli, abandonnant celle-ci à son triste sort. À bien y réfléchir, l’hémagglutinine et la neuraminidase sont un peu les Bonnie and Clyde du monde protéique !

Compte tenu du rôle clé joué par l’hémagglutinine lorsque notre organisme est attaqué par le virus de la grippe, on comprend aisément que nombre de scientifiques étudient cette protéine et cherchent par exemple à trouver des moyens de la neutraliser. Certaines équipes s’intéressent tout particulièrement aux peptides antimicrobiens, soit des petites protéines (comprenant de 12 à 50 acides aminés) produites par des organismes vivants et présentant des propriétés antivirales. C’est ainsi qu’une équipe de recherche américaine s’est penchée sur le cas de l’urumin, un peptide produit dans la peau d’une grenouille indienne ( Hydrophylax bahuvistara de son petit nom). Ils ont notamment montré que l’urumin va se fixer spécifiquement à l’hémagglutinine H1 (qui est issue d’une souche virale humaine), entraîner la destruction du virus et ainsi améliorer considérablement la survie de souris infectées par la grippe.

Et voilà comment une petite protéine apporte un éclairage nouveau sur les contes de notre enfance. Et si la princesse à la grenouille était tout simplement très enrhumée ?

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(image par Anne-Marine Mauviel)