La paléogénétique consiste à récupérer et analyser des séquences d’ADN anciennes, ce qui va permettre d’étudier le génome d’êtres vivants disparus il y a des milliers d’années. C’est une discipline récente, qui a émergé au milieu des années 80 (via notamment la récupération d’ADN sur une momie), mais qui a immédiatement su stimuler l’imagination des auteurs de science fiction. Dès 1990 Michael Crichton faisait passer ce domaine à la postérité via le retour des dinosaures orchestré dans le roman Jurassic Park, qui a lui même inspiré pas moins de cinq films au cinéma.

Le seul souci, c’est qu’en vrai, l’ADN a un léger problème de conservation, et qu’à ce jour, les séquences les plus anciennes jamais récupérées sont âgées d’environ 800 000 ans. Et elles n’ont tenu le coup aussi longtemps que parce qu’elles étaient conservées bien au frais dans le petit congélateur naturel que forment les sols du Groenland.

Alors certes, 800 000 ans, c’est déjà un âge fort respectable. Et c’est amplement suffisant si l’on souhaite reconstituer le génome du mammouth sibérien dont nous avons parlé précédemment et qui était âgé de 43 000 ans. Mais les dinosaures, quant à eux, ont disparu il y a quelques 65 millions d’année, alors on n’est pas près de retrouver le bout de la queue de leur ADN. Du côté des protéines, il semble que celles-ci puissent tenir le coup un peu plus longtemps, notamment grace à leur faculté à se fixer à des surfaces minérales. On a ainsi retrouvé des peptides conservés sur des coquilles d’oeufs d’autruche datant d’il y a 3,8 millions d’années, et des séquences de collagène on été récupérées sur des os de chameau âgé de 3,4 millions d’années. Sachant que ces échantillons proviennent de zones chaudes (où l’on s’attend à une moins bonne conservation des molécules), on de désespère pas de retrouver des protéines encore plus âgées dans des territoires plus tempérés. Des fragments de séquences auraient même été retrouvés sur des restes de dinosaures (datant d’il y a 60 à 80 millions d’années), mais ces résultats restent à confirmer. Quoi qu’il en soit, la perspective d’un Proteic Parc se rapproche de plus en plus !

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Qui sait quelles surprises nous réserve une visite dans le Proteic Park ? (Image de Natacha Gillet)

Depuis maintenant une petite vingtaine d’années, les scientifiques ont donc commencé à s’intéresser aux protéines anciennes. On appelle protéome l’ensemble des protéines d’un organisme vivant, ou plus modestement d’une cellule ou d’un organite de celui-ci. Le protéome est donc le reflet du génome, pour un environnement donné, et à un moment donné (car toutes les protéines ne sont pas forcément exprimées au même moment dans une cellule, rappelez vous la romance tragique de PER et TIM). Et la paléoprotéomique, c’est l’étude à grande échelle des protéomes anciens.

Plus près de nous, la paléoprotéomique a également beaucoup de choses à nous apprendre sur les origines de l’humanité. Ainsi, les protéines récupérées sur des ossements vieux de 40 000 ans dans la Grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure en Bourgogne, ont montré que les bijoux et outils retrouvés dans la grotte étaient bien l’œuvre de Néandertaliens, alors qu’on a longtemps cru Homo Sapiens seul capable de fabriquer de tels objets. Les informations apportées par ces protéines ancestrales nous invitent donc à revoir l’histoire de l’humanité et nos liens avec Neandertal.